jeudi 3 janvier 2008

L'Egypte me fascine!!


Cela fait un peu plus de 13 ans que je n'ai pas eu l'occasion de prendre l'avion la nuit ou le soir. Hier enfin, l'occasion s'est représentée! D'abord je ne m'y attendais pas! Le vol était prévu pour 14h40 GMT, l'avion allait arriver à destination à 19h15 local, et je ne pensais pas qu'il allait faire aussi sombre en Alsace à cette heure-ci!! Lorsqu'on avait survolé le nord du Maroc, l'Espagne et le sud français, soit il faisait encore jour, soit déjà sombre mais trop de nuage pour pouvoir profiter du paysage! Les 20 dernières minutes furent les plus intéressantes de tout le pénible voyage! On ne voyait pas la ville, ne distinguait ni les habitations ni les routes, seuls des petits points lumineux nous étaient visibles! Des lumières, telles des parures de diamants flottantes dans une marre noire... et ce paysage m'en rappela un autre, celui de mon tout premier voyage en dehors du territoire marocain, en Egypte...

Le Caire est sale, le Caire est pollué, les gens y sont plus conservateurs que chez nous, et la qualité de vie y est médiocre... Mais le Caire est beau! Le Caire me fait remonter quelques millénaires en arrière! Et de tous les pays que j'ai eu la chance de visiter, celui-là fut le plus merveilleux!
Cette fascination pour l'Egypte vient peut-être du fait que j'étais encore enfant et que ce fut la première fois que je quitte le Maroc! N'importe! Tout ce que je peux dire est que ce pays m'envoûte!

J'aimerais revenir là bas, caresser de mes mains les briques d'Al Gizeh, rester perplexe devant une momie, naviguer sur le Nil, me perdre dans le désert, ne pas comprendre de quelle force furent ces esclaves, ni de quelle intelligence furent les anciens égyptiens pour bâtir des pyramides aussi hautes et aussi résistantes. J'aimerais me fondre dans cette société,me sentir étrangère, espionner la conversation de deux cairottes dans un bus, connaître les tracas de leurs vies... Et puis revenir dans mon Moroc natal, alimenter mon envie de revisiter la Cité Pharaonique...

lundi 31 décembre 2007

Fut-elle une bonne année?


Encore un an de consommé.
Je me retourne et constate avec amertume tous ces progrès que l'on n'a pas pu réaliser. Ou plutôt, l'on n'a pas voulu.
Demain commence une nouvelle année, demain recommencent mêmes promesses, mêmes discours, mêmes espérances... Demain, je pense que le paysage ne changera pas, que nos souhaits resteront les mêmes, nos guerres ne prendront pas fin, nos pauvres s'appauvriront, nos riches s'enrichiront, et les entre deux fortunes, oscilleront. A moins d'un ras-le-bol massif, à moins d'une détermination générale...

Qu'ai-je retenu de ces 365 jours passés? Pas grand chose... On occupe le 126ème rang au niveau du développement social, et au lieu d'essayer de remonter la pente, l'on préfère construire des endroits de luxe, bâtir des hôtels et des marinas... Le terrorisme continue à gagner du terrain, et en 2007, on a eu la certitude que l’on ne peut pas tout mettre sur le dos de la pauvreté! Le fanatisme est là, bien ancré, et si mes yeux sont bien ouverts, la bipolarité de notre société très hétéroclite, entre « occidentalisés » et désireux de l’instauration d’un Etat islamique, en fait également une cause! Troisième fait marquant, quand la presse essayait cette année de jeter un pavé dans la marre, mal lui en prend, on l’a très bien remarqué, les procès anti-liberté d’expression se sont multipliés… jusqu'au ridicule!!

Outre Méditerranée, rien ne va mieux... L'Irak coule de plus en plus profond, le très sénile conflit israélo-palestinien ne choque plus personne, le réchauffement climatique cause de plus en plus de dégâts, on meurt encore de faim, de froid! Seule bonne nouvelle annoncée : Bush quitte le 1600 Pennsylvania Avenue dans quelques mois. Alors patience !
Six personnes manqueront à l'appel ce soir à minuit : l’Abbé Pierre, Benazir Bhutto, Fred Chichin, Grégory Lemarchal et notre Abdel Errahim Berghach. Symboles d’humanisme, de liberté, d'art, de combat et de patrimoine ! Rest in peace.

En ce qui concerne ma vie privée, 2007 n’a pas été si désastreuse que ça! J’y ai compté une petite réussite universitaire, de très belles rencontres, des difficultés psychologiques (presque) surmontées, et il y a quelques jours, j'ai rejoint le banc des vingtenaires… Pas encore fêtés, les 20 ans !!

Je vous souhaite une bonne année 2008 ! Espérons toujours !

Voilà ! Bonne fiesta à tous !

dimanche 23 décembre 2007

Kénitra Break


Pas besoin d'être une tête d'oeuf ni de se faire tatouer le torse pour s'évader d'une prison dans le royaume enchanté du Maroc. C'est le cas de la grande star national du narcotrafic, Mohamed Ouazzani...
Nini, pas l'«autre» , mais celui dont parle «le Monde», fut condamné à 8 ans de prison ferme en mai 2004. Il purgeait sa peine dans le centre pénitencier de Kénitra, lorsqu'en fin de cette semaine, on remarqua (enfin) son absence.

Après quelques mois de semi détention et de bons et loyaux services des geôliers, notre Scofield Rifain décida de quitter sa cellule, un F3 suréquipé! Il avait même le droit de sortir de la prison de pour se rendre dans le bar du coin, et qui sait, à continuer d'exercer son métier de trafiquant, objet même de sa détention. Ce qui laisse à croire qu'il supportait mal sa vie de château, on comprendra, ce sont des choses qui arrivent...
Et rien ne fut compliqué pour Ouazzani, même pas l'évasion! Contrairement à Scofield, il n'a pas eu les codétenus pas sympas, ni le gouvernement à craindre, ni même les latinos à combattre dans la cour du centre pénitencier! Il a suffit, paraît-il, qu'il passe des pots-de-vin réguliers à ses gardiens pour gagner leur confiance.

Le plus cocasse reste que les hauts responsables ne s'étaient rendus compte de son évasion que 10 jours après... grâce à un coup de fil anonyme; le plus effrayant que Nini ne soit que la partie visible de l'iceberg : combien seraient-ils à loger dans des cellules 5 étoiles? A quoi sert une prison si l'on peut continuer à exercer ses pratiques illégales? Et surtout, combien en seraient-ils "évadés"? Là encore, la loi de l'omerta opère à merveille...

Pour en savoir plus : L'hebdomadaire Nichane publie cette semaine un dossier sur les "prisons 5 étoiles".

mercredi 24 octobre 2007

Je suis au bout du rouleau



Rédigé hier soir

Ce soir encore, je me suis effondrée en larmes devant cette glace que je me suis retenue de briser. Ce soir encore, j'en ai voulu à la terre entière d'avoir fait mon malheur. Ce soir encore, je cherche l'erreur...
Pourtant, je ne sais pas comment ça a commencé, mais depuis quelques semaines je malmène mon état d'esprit, je me fous doucement en dépression. Et j'ai peur de me laisser aller, peur de me laisser envahir par cette putain de frustration qui me gâche l'existence...

Ma mère, qui n'a pas signé son départ pour pouvoir me payer mes années d'études, est une femme très dévouée, pleine d'énergie et très soucieuse. Mais cette même femme a façonné la bombe de retardement que je porte, non sans peine, dans mon petit coeur.
Enfant, je passais mon temps à parfaire mes gestes et paroles pour éviter son regard fusillant à la moindre petite erreur. Elle m'a forcé d'aller en cours de tennis. Elle m'a traité de ratée le jour où j'ai refusé de danser ma coré devant nos invités.
Ado, elle me comparait à mes cousines, aux enfants de ses copines et même à mes propres amies. Elle me répétait sans cesse que j'étais «molle», pas futée, trop introvertie, mal habillée, sotte, stupide et j'en passe. J'ai eu le droit aux remarques les plus blessantes et aux pires comparaisons. Même ma voisine qui avait arrêté sa scolarité après avoir loupé son brevet pour la troisième fois (alors que j'ai eu mon bac scientifique à 17ans) avait quelque chose de plus que moi! Pour cette femme, je n'étais, et ne suis, jamais mieux que qui que ce soit.

Mes copines, elles, n'ont rien arrangé! J'étais celle qui n'intéresserait personne, celle qui avait des centres d'intérêt à part, qui lisait trop, qui avait des goûts musicaux trop space, bref, celle qui venait d'un autre monde! Non, je n'étais pas exclue, mais mes réflexions, mes pensées, mes remarques et mes rêves, je les gardais pour moi. Bien trop différents pour être dévoilés.

Et encore une fois j'ai tout intériorisé. Je n'ai pas senti le danger s'approcher. J'encaissais toujours et encore les remarques maternelles.
Quand j'ai eu le malheur de perdre 5kg en quelques jours, ma mère m'annonce, sans gêne, qu'aucun homme ne s'intéresserait à moi... Comme si c'était de ma faute, elle me reprochait d'être devenue trop mince (je n'avais que 2kg de moins que la norme!).
Et la goûte qui a fait déborder le vase : mes tantes! Étant la seule fille d'une tribu de petit-enfants garçons, je subis, à mon âge de jeune femme qui commence à s'ouvrir aux autres, trop de pression. On me conseille gentiment un style plus «classe» de vêtements, certaines branches pour mon parcours universitaire, on me dessine le profil de l'Homme Parfait et on s'en fout pas mal de mon bien-être...

Pendant toutes ces années, on m'a dompté. On m'a appris à être toujours à l'image des autres qu'aujourd'hui, je continue à me comporter de la sorte! Je ne veux jamais plaire à moi-même, mais toujours aux autres... A ma mère, à ma moitié, aux rares amis que j'ai, à la société, au monde entier..
Mais je ne plairais jamais à personne avant de plaire à moi-même. Je ne réussirais jamais tant que je considère que je suis encore tout en bas de l'échelle, là où ma mère m'a apprise à être...

Ce soir encore, je ne sais pas où j'en suis. Ce soir encore, j'ai maté les filles dans le tram pour les trouver toutes plus belles que moi. Ce soir encore, je me dis que je suis affreuse, vilaine, sotte, stupide et inférieure aux 6 milliards et demi de terriens. Ce soir encore, j'ai envie que ça sorte, je veux me trouver belle, je veux avoir confiance en moi. Mais sans remède, je continue à couler...

Ce soir, je me sens vraiment au bout du rouleau. Je ne vais pas tarder à craquer.

jeudi 30 août 2007

Ca me donne envie de gerber !


S’il y a une chose qui anéantit en moi l’envie de lire les paperasses, livres et billets sur la Toile, c’est bien les élections législatives!
A J-9, je me sens saturée, blasée, gavée, dégoûtée de tous ces articles, «discussions» et «pubs» qui ne tournent plus qu’autour de la politique marocaine, aussi morbide soit-elle. Je m’étais pourtant décidée ne pas en parler sur mon blog! Or je ne tiens que rarement mes promesses. Allez, une de plus…

Entre ceux qui se la jouent citoyens parfaits, votant (aveuglement) aux législatives depuis l’indépendance, ceux qui le font de temps à autre, selon l’humeur de l’année, du prix de vente des voix ou par réelle conviction et enfin ceux qui boycottent fidèlement les urnes, moi j’avais décidé de sortir de ce souk, trop puant et trop encombré à mon goût. Je m’amusais donc à regarder tout ce monde, allant et venant, perdus affolés comme des autruches après une première secousse d’un séisme!

Mettra donc fin hier soir à mon total désintérêt de la chose l’émission des programmes des partis sur notre chaîne marocaine favori. Je ne zappe pas. Quand le téléviseur fut allumé, c’était le tour au Force des travailleurs. Waouh! Je me suis demandée si chez 2M, on n’a mis pas la mauvaise vidéo, une des 80’s par exemple! Le secrétaire général médiocrement habillé, tenait une feuille qui a été pliée et repliée des dizaines de fois avant d’être lue devant les 30 millions de marocains que nous sommes. Le monsieur lisait (récitait) son texte si bien rédigé en langue arabe, il balbutiait de temps à autre et ne remontait que rarement les yeux vers les caméras. Comme le mec semble connaître si mal son rayon, un téléprompteur ça existe aussi! Tout cela importe peu, ce ne sont que des apparences. Le contenu s’il vous plaît? Creux. Ou comme un ingrédient d’une recette japonaise, cru. Le secrétaire général parlait de « constructions d’hôpitaux et d’établissements scolaires ». Comment ? Quand ? Pourquoi ? Vous n’aurez pas de réponses. Il a même parlé de réduction (ou même suppression si ma mémoire m’est fidèle) des taxes et impôts, qu’il allait s’occuper de «divers secteurs », agriculture, santé, ci et ça… Et on n’entend nullement parler de procédures! Je n’arrive toujours pas à concevoir comment un chef d’un parti vieux comme le temps, connaissant (ou devrait connaître) le parcours politique et économique marocain par cœur, arrive à pondre un programme aussi utopique et aussi mal fondé! Avec mon bac + 1 et mes très limitées connaissances, j’aurais été plus douée!

Et la Force des travailleurs n’est qu’une blague parmi tant d’autres…

Finalement, on commence à se demander si dans toute l’histoire ce n’est pas moi qui suis utopique et surréaliste. A peine avoir vécue les présidentielles et les législatives françaises, qui m’ont plus que passionnées, je me retrouve frustrée devant le contenu grossier, creux et dérisoire de nos candidats.

Malgré mes essais, mon sur-optimisme, et mon envie juvénile et ardente de goûter au changement, je ferai partie, à contre cœur, des boycotteurs. Je suis vraiment très déçue de devoir rater mes toutes premières législatives en tant que citoyenne en âge de vote! Une prochaine fois peut-être…

dimanche 19 août 2007

Attouchements anodins…


J’avais 5 ans. Peut être moins. C’était la belle saison, il faisait beau et je vois encore la lueur du soleil parcourir mon corps nu, charnu et doux de petite fille. J’étais seule à la maison avec elle. Je ne me souviens pas de son prénom, ni de son visage, ni de sa voix. Seul son ventre brun et mal lavé refait surface dans ma mémoire. On était dans ma chambre, allongées sur le lit. Elle m’avait déshabillée. Complètement. Elle m’a caressé, m’a demandé de m’asseoir au dessus d’elle. Ensuite… Trou noir. Je ne me souviens plus du reste.
A sa demande, je n’avais rien dit à ma mère. Je ne sais pas qui elle était. Se souvient-elle de moi? Sait elle qu’il y a une âme assoiffée de vengeance? J’aimerai la bloquer contre le mur, lui donner quatre coups de poing, la faire saigner du visage, je veux la voir allongée sur le même lit où nous étions toutes les deux il y a 15 ans, le visage rempli de bleus, la bouche saignante et le souffle presque coupé.



On allait encore passer un weekend à Tanger dans la luxueuse demeure de mon oncle. J’étais impatiente de revoir mes cousins, mes cousines, de passer une soirée à jouer aux cartes au bord de la piscine, dormir tard le soir après avoir raconté des histoires de diables et des blagues et partir courir le lendemain dans la spacieuse ferme de mon tonton.

Je devais avoir entre 8 et 11 ans. Ma mère et ma tante, avec d’autres personnes dont le visage ni le nom ne me revient, étaient assises dans le salon entrain de bavarder autour d’une tasse de thé. Moi j’étais avec H, C et M au premier étage dans la chambre du coupable. H était assis au bord de son lit double et m’avais demandé de venir m’asseoir à ses côtés. J’exécutai. Il avait dit qu’on allait lire une histoire. Il tenait le bouquin avec sa main droite posé sur ses jambes. Avec l’autre main, il caressait ma partie intime. Moi qui trouvais ça « bizarre » je lui ai demandé d’arrêter. Alors il me gronde, me dit qu’il ne faisait que lire l’histoire. C et M confirmèrent ses paroles et se moquèrent de moi… Je me laissai faire. Il remet sa main et me caresse. Je n’entends pas sa voix. Je ne garde en souvenir que la sensation de ses doigts pleins en chair parcourant mon entre cuisse. Je m’oppose une nouvelle fois. Il me gronde. Mes cousins se moquèrent. Je me calme. Il se remet aux caresses. Non ! Ce que faisais H ne me plaisais pas. J’écartai alors sa main et descendis voir ma mère. Je lui dis que H me touchait là. Elle ouvrit grand les yeux, pressa ma main, me jetant sur moi ce regard odieux qui disait que personne ne devait savoir, et me força à m’asseoir à côté d’elle m’interdisant de remonter dans sa chambre. H ne fut pas puni.

Le lendemain, amnésie. J’ai oublié la soirée de la veille. Pendant les 10 ans qui suivirent j’ai vécu en bonne santé mentale. J’ai refoulé ces deux souvenirs. Comment s’en rappeler ? Je me sentais coupable, responsable de ce que H et la bonne avaient commis. Je ne devais pas en parler. Devenant ado, je lisais des témoignages de viol et de victimes d’attouchements sexuels avec compassion, croyant être épargnée. Très ironique.

L’année de mes 18 ans, mes deux souvenirs refirent surface. Où étaient-ils cachés ? Impossible d’y répondre. J’étais terrifiée d’apprendre par moi-même que mon cousin et cette inconnue étaient des pédophiles et que je fus leur victime, bien qu’il n’a pas s’agit de viol. A qui en parler? A ma mère? Sûrement pas! C’est bien elle qui était censée me défendre ce soir là! Je lui en veux à mort. Cet être pédophile, obsédé sexuel et frère de pédophile n’a pas été puni. Pourrais-je vivre en paix avec mes souvenirs? Réussirais-je à les refouler une nouvelle fois? Et ma vie sexuelle? Ne suis-je pas encore terrifiée par le décor des deux scènes?
Je n’ai pas fini d’avoir des séquelles…

vendredi 17 août 2007

Hassan II et moi


Son chic, sa puissance, son charisme, son respect ne m’épataient guère. Je restais muette et espérais être sourde lorsque les gens autour de moi le remerciaient, l’idolâtraient, le vénéraient. Je ne comprenais pas le baise main, la foule de femmes et d’hommes affolés à son passage, et cette presque divinité. Je n’aimais pas son regard dénudé de vulnérabilité. Non. Hassan II ne correspondait pas au profil des rois de mes contes de fées…

Enfant, je n’arrivais pas à traduire mes pensées en mots. Comment le faire lorsqu’on est sous emprise de « codes sociaux très stricts »? Avec SM le roi, on ne badine pas! Tout le monde connaît la blague, de très mauvais goût je trouve! Il suffisait de déclarer que l’on n’apprécie pas une idée, une couleur portée, un geste, un rituel pour que mes parents me dénient : « bent men hadi ?». On comprend alors que l’on a affaire au second plus grand péché social. Le premier étant mettre en question l’ordre divin, le second, être en désaccord avec le monarque.

Mais comment ne pas y penser ? Comment ne pas se sentir agressée? Je le croisais partout. Dans chaque salle de cours, son portrait était accroché au dessus du tableau. Chez l’épicier du coin. Dans les administrations. Sur les billets de monnaie. Au «boulot» de ma mère. Dans la gare. L’aéroport. Les autos cars. Les grands lycées et avenues portent son nom. Et même quand je rentrais chez moi, il était encore là, sur mon téléviseur!
Je ne pouvais pas l’ignorer, partout où je vais, il me regarde, me lorgne, me scrute, rappelant sa présence avec son atroce regard d’homme chic, riche et puissant. J’avais conscience de sa méchanceté et son pouvoir. De l’énorme travail qu’il devait fournir. Mais sa face, sa posture, cette interdiction de dire du mal de lui, me mettaient très mal à l’aise, me dérangeait…
Mon enfance s’acheva dans le mutisme et l’incompréhension…

Juillet 99. J’ai 11 ans. Je pars en colonie de vacances à Ifrane. Hassan II n’a pas fini de me gâcher l’existence. Cet été là, il décède suite à son cancer. Les gens autour de moi étaient tristes, pleuraient, certains à très haute voix. Moi? Je me suis réfugiée dans mon lit, à droite au fond du couloir, je me suis glissée sous la couverture, je me culpabilisais, ma conscience me rongeait… L’intrus! Toutes les âmes sont attristées sauf la mienne! J’étais tellement domptée par la société que le soulagement n'a pas osé se manifester dans mon petit coeur que je croyais fait en pierre.
Une semaine plus tard, je rentre chez moi. Vacances gâchées mais pas encore terminées… J’apprends que ma grand-mère est très triste, très affectée par sa mort. Non. Ce n’est pas une proche de la famille royale. Aucun lien. Et ça non plus, à 11 ans, je ne l’avais pas compris.
Quelques semaines s’écoulèrent. Je fais ma rentrée au collège. J’en sors avec un brevet 3 ans plus tard et je renoue mes bagages pour repartir en moyen atlas, à Ifrane, là où j’ai appris la mort du roi, 3 ans auparavant. J’y passerai mon enseignement secondaire. J’y mûris et y découvre le livre qui convertira l’incompréhension, le flou qui entourait mes sentiments, cette culpabilisation, en haine confirmée. L’année de mon terminal, j’ai lu «cellule 10». Et je pleure. Merci Sanae !

Hitler croyait en la race supérieure, Hassan II en sa carapace! Ceux qui ont tenté de la briser ont payé le prix très cher! Mais il n’y a pas eu que Tazmamart. On entend aussi parler de la fosse aux tigres, et on était sûr de s’attirer les foudres royales si l’on osait divulguer un petit commentaire à son propos… Quel temps! Heureuse de n’y avoir vécu que 11 ans!